Rédaction'Elle Best Style Photographie Madeleine Kritikos
Que pense Pinocchio de la Fiac ?
Figure de bois, posé là béatement au milieu de ce labyrinthe de galeries prestigieuses.
J’ai contemplé son nez, il était long.
Je me suis demandé s’il était sincère.
Son sourire dissimulait-il un mensonge ?
Était il vraiment à l’aise dans ce monde si loin de son poétique univers et de son génial créateur Gepetto ?
Moi ? Il m’a interpellée Pinocchio !
J’ai parcouru les œuvres.
Je m'y suis immergée.
Et j’ai interrogé mon nez pour savoir si j’étais vraiment sincère avec mes émotions.
Je me suis approchée de très près de quelques magnifiques Guiseppe Penone.
Cet artisan de la poésie.
J’ai regardé cette écriture qui décolle le support papier pour en extraire des copeaux de temps.
Cette minutie avec laquelle il colle sur le marbre une multiplication d’épines végétales prises dans les bois de la mémoire envolée.
Puis je me suis aventurée vers Annette Messager et ses poésies livresques.
Son installation sur l’art d’écrire m’a séduite par sa légèreté avec cette naïveté parfaitement enfantine qui est la sienne.
Une idée exposée comme cela, un concept qui ne paye pas de mine.
Juste une petite histoire racontée avec un couple de personnages crayons se reposant joyeusement sur des livres consommés après avoir eu le privilège de servir à leur écriture.
J’ai vu des Andy Warhol très peu colorés ou presque pas. Signatures de son talent de graphiste et de publicitaire, loin des traditionnels monos et polychromes saturés déclinés sur tous les tons.
Des Basquiats également... Plus blancs que sombres avec des tags épars laissant respirer plus que d’ordinaire.
Théâtralisation.
Un groupe d’hommes métalliquement figés tenant en main le défilement des aiguilles du temps qui passent.
Accrochée aux murs noirs d’une alcôve secrète, Brigitte Bardot affichant sa frimousse blonde de ses années star, diaboliquement défigurée par le feu d’une allumette qui lui consume une partie de sa beauté.
Chut !
Cela se vit en silence, à l’écart des regards.
Une tête emmitouflée de laine de Louise Bourgeois. Expression vide. Tête objet, sans sexe, ni âge posé dans le prisme d’un cube de verre!
Au hasard des clichés, la violence en grand format.
Une femme nue portant un calot militaire et inscrite sur sa peau incisée encore sanguinolente une croix gammée.
Une autre allongée jambes écartées sur un billard et deux hommes qui pointent leurs billes pour faire mouche!
Engagé et poétique me dit la galeriste.
Je regarde mon nez. Il n’a pas bougé !
Là ! Je ne mens pas !
J’ai du mal avec la violence de narration de ces deux artistes américaines !
Ouf à quelque pas un chien majestueux, à Poil long rose.
Dérision dérisoire.
Inodore et immobile.
Sans aucun aboiement.
On lui a coupé le son.
Je remets le son!
Exclamations d'admiration.
Tel un grand hot dog à croquer!
Un string géantissime rose flashy Baby Doll dégoulinant de couleur sur des baskets non moins géantes devant le regard ébahi d’un couple d’américains qui demandent un "How Much Is it" ?
La réponse est "Too Much" !
Et puis des Matta et des Dubuffet plein de mouvements et de couleurs !
Défilant sur un écran plasma des bodys girls and boys stylisés dans un manga revisité. Corps lascifs, entremêlés, regards pâmés. Religiosité d’aujourd’hui.
And so What ?
I don’t no !
La foire !
Une grande foire d’Art international.
Sourire !
Mon nez s’allonge t-il ?
Dehors grand ciel bleu au-dessus du Grand Palais.
J’ai l’art de me sauver juste au bon moment.
Et de cultiver l’art de vivre.